02 avril 2006
Al Green
Après les disparitions prématurées de Otis Redding, Sam Cooke et Marvin Gaye, Al Green reste certainement la dernière grande voix masculine de la Soul. Il semble malheureusement avoir déserté la scène Soul ces 20 dernières années, ayant choisi de se consacrer presque exclusivement à la religion et au Gospel.
Né le 13 Avril 1946 à Forrest City, Arkansas, Al Greene (il abandonnera le « e » final de son nom au début de sa carrière solo) est issu d’une famille très religieuse de dix enfants. Dès l’âge de 9 ans, il tourne avec le quartet vocal de Gospel monté avec ses trois frères, tout d’abord dans leur sud natal, puis dans la région de Grand Rapids (Michigan) quand la famille Greene part s’y installer à la fin des 50’s. Sa participation cesse brutalement lorsque son père le vire du groupe, après l’avoir surpris écoutant une chanson de Jackie Wilson…
A 16 ans, il monte avec ses camarades de collège Curtis Rogers et Palmer Jones un groupe de R&B, Al Greene And Soul Mates. Le groupe obtient même un petit succès avec le titre « Back Up Train » en 68, peu avant que Al Greene ne décide de faire cavalier seul, sous le nom « raccourci » de Al Green.
Le jeune chanteur fait lors d’un concert de 1969 une rencontre décisive pour sa carrière, en la personne de Willie Mitchell. Le producteur de Memphis, qui vient de lancer Ann Peebles, est esbroufé par le talent de Al Green et le prend sous contrat chez Hi Records. Le premier album s’intitule « Green is Blues » et sort début 1970.
C’est avec l’album suivant, « Al Green Gets Next To You », qu’arrive le premier succès : la chanson « Tired Of Being Alone » fait des scores honorables dans les charts US et anglais, et devient disque d’or. Le premier numéro un est obtenu par la chanson « Let’s Stay Together » en 1972, pendant que l’album du même nom se classe également très bien.
Pendant deux an, plusieurs autres hits se succèdent, « Look What You Done For Me » et « I’m Still In Love With You » toujours en 72, « Call Me » en 73, puis « Here I Am » et « Sha-la-la (Make Me Happy) »…
Le 18 Octobre 1974, un événement grave et lourd de conséquences va changer le destin de Al Green. Alors qu’il est dans son bain, Mary Woodson, sa petite amie du moment à qui il venait de refuser le mariage, verse sur lui une casserole pleine de gruau de maïs bouillant, ce qui lui provoque de graves brûlures qui nécessiteront son hospitalisation durant 11 jours. Dans les minutes suivant son geste, elle se tue avec le calibre 38 appartenant au chanteur. Al Green voit dans ce drame un avertissement divin, et décide alors de s’impliquer de plus en plus dans la religion, jusqu’à acheter en Avril 76 une église à Memphis et se faire ordonner pasteur du Full Gospel Tabernacle.
Pendant quelques années encore, il fait cohabiter sa quête spirituelle et sa carrière de chanteur de Soul. Il enregistre encore trois albums avec Willie Mitchell : « Al Green Is Love » en 75, « Full Of Fire » et « Have A Good Time » en 76. Après deux derniers hits, « L-O-V-E » et « Full Of Fire », les ventes commencent à décliner sous l’influence de la vague disco…
Il cesse alors sa collaboration avec Mitchell et monte son propre studio, American Music. La première réalisation qui en sort en 77 est « The Belle Album », qui est un échec relatif, malgré le succès de la chanson « Belle ». L’année suivante, l’album « Truth And Time” subit le même sort.
Un autre événement « divin » va à nouveau influer sur le destin de Al Green en 79. Lors d’un concert à Cincinnati, il se blesse gravement en tombant de la scène, ce qui lui vaut encore 15 jours d’hôpital. Y voyant un nouveau signe de Dieu, il décide cette fois d’arrêter de chanter de la musique « profane » pour se consacrer entièrement à sa mission de prêcheur. « The Lord Will Make A Way » est le premier d’une série d’albums Gospel (dont un réalisé en 85 par Willie Mitchell, « He Is The Light »).
Ce n’est qu’avec l’album « Don’t Look Back » qui fait enfin un retour à la Soul Music en 92, après 15 ans d’absence, il ne sort qu’en Angleterre, mais son contenu est inclus en 95 dans l’album suivant « Your Heart’s I Good Hands », qui sort également aux USA où il est d’ailleurs bien accueilli. A cette même époque, le succès du film « Pulp Fiction » de Quentin Tarantino permet à beaucoup de découvrir Al Green, grâce à la présence de « Let’s Stay Together » en fond musical de l’une des scènes. C’est aussi en 95 que Al Green rentre au Rock’n’Roll Hall of Fame…
Actuellement, Al Green se produit encore occasionnellement en concert dans le monde entier, quand sa fonction religieuse lui en laisse toutefois le loisir…
Il sort en novembre 2003 un nouvel album, I Can’t Stop », qui marque ses retrouvailles avec Willie Mitchell pour la première fois depuis plus de 25 ans. Il y est entouré de toute l’équipe historique du studio Royal, notamment les frères Hodges. Le résultat, sans égaler les albums de sa grande époque Hi, est cependant tout à fait digne d’intérêt.